Pardon...

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Pardon...

S’il est une chose qui peut paraitre difficile à faire, parfois même inaccessible tant cela peut être rattaché à des souffrances insupportables, d’autant plus insupportables qu’elles auront pu être provoquées par nos proches, ou qu’elles auront touché notre intimité, notre intégrité, notre structure, et cette chose, c’est simplement le pardon.
 Alors simplement est un bien grand mot, car ce sont bien souvent les choses les plus simples qui sont les plus difficiles à réaliser. Parce qu’en effet dit comme cela, « je te pardonne », cela parait bien simple dans les mots, et pourtant en lieu et place et dans les actes, c’est une action qui pourrait nous arracher les tripes tant elle peut dans notre ressenti, sembler douloureuse.
 « Comment te pardonner puisque tu m’as fait du mal, tu m’as fait si mal… », et puis il y a tant de choses qui nous paraissent impardonnables dans toutes les horreurs qui peuvent être perpétrées…C’est encore plus difficile lorsque cela touche nos proches ou encore pire nos enfants.
 Le pardon revêt à mon sens trois aspects principaux auprès desquels nous pouvons être confrontés lors de notre vie.
 
Le premier pourrait être celui qui consisterait à pardonner à quelqu’un qui nous aurait fait du mal, soit directement, soit indirectement à travers une autre personne et de façon plus insidieuse, plus sournoise car nous ne l’aurions pas vu venir.
 
Le second pourrait être de demander pardon aux personnes à qui nous aurions pu faire du mal, car qu’on le veuille ou non, cela arrive aussi et nous pouvons avoir réalisé des actes dont nous ne sommes pas fiers et pour lesquels nous voudrions si tant est que cela soit possible, nous racheter en nous inscrivant dans le repentir.
 
Le troisième enfin serait celui de se pardonner, de ne pas avoir été parfait, de ne pas avoir su faire, de s’être trompé, d’avoir échoué.
 
Lorsque nous voulons emprunter l’un de ces trois chemins du pardon, de nombreux obstacles se présentent et tentent de nous barrer la route. 
Les émotions provoquées par le traumatisme que nous avons subi forment l’un de ces obstacles : colère, injustice, culpabilité, tristesse, frustration nous colonisent et prennent alors tout l’espace. Parfois même le mot vengeance pourra pointer le bout de son nez.
 
Ensuite notre égo, notre orgueil, notre fierté mal placée auront tendance à ne rien lâcher, combien de fois a-t-on pu entendre autour de nous des personnes dire « jamais je ne lui pardonnerai » ou « jamais je ne me pardonnerai ».
 
Lorsque j’ai été victime, c’est un peu comme s’il fallait que l’on me reconnaisse comme tel et que « l’autre paye sa dette. Lorsque c’est moi qui ai fait du mal, je dois me reconnaitre comme ayant été le « bourreau », comme ayant été méchant et d’une certaine manière j’ai aussi une dette.
 
Il y a donc bel et bien un autre obstacle qui est celui de l’acceptation, et dans un premier temps lorsque l’on m’a fait du mal, l’acceptation que CA s’est passé. Accepter que CA se soit passé ne veut pas dire valider et être d’accord !! Une personne qui se ferait violer, quand bien même ce serait la personne la plus douce, la plus gentille, la plus exceptionnelle qui puisse exister sur notre Terre pourra tourner le problème dans tous les sens, cela ne changera en rien l’acte qu’elle aura subi. Cela pourra bien évidemment la transformer radicalement, lui faire perdre son insouciance, sa légèreté de l’être (dans le bon sens du terme), pour autant elle ne pourra jamais revenir sur le fait que ça lui est arrivé. Je ne valide pas ce qui m’arrive mais j’accepte que ça se soit passé.
 
Lorsqu’il s’agit de nous qui avons fait du mal, nous devons reconnaitre ces parties de nous que l’on n’aime rarement regarder en face et qui font que l’on aura pu être méchant, manipulateur, pervers, narcissique parfois, mais également oser s’avouer qu’à un moment vulgairement parlant on a pu faire de « la merde ».
C’est rarement facile de reconnaitre qu’on a pu être méchant ou qu’on n’a pas su faire.
 Le début du chemin du pardon quel que soit l’endroit où l’on se place c'est-à-dire ayant fait du mal ou ayant été blessé, commence donc toujours par la reconnaissance. L’acceptation est ensuite étroitement liée à la reconnaissance ce qui permet de vider l’émotionnel, tant que je n’ai pas libéré ma colère ma culpabilité et tout ce qui me traverse je ne peux véritablement pardonner ou me pardonner.
 Puis arrive le moment des circonstances atténuantes, en ce sens, aller chercher chez l’autre en tentant de se mettre dans ses baskets, ce qui a pu l’amener à agir de telles sortes et essayer de comprendre.
 Il arrive souvent que l’on fasse du mal bien malgré nous, mais si je fais du mal aux autres malgré moi, puis-je reconnaitre aussi chez l’autre la possibilité de me faire du mal malgré lui ? on ne nait pas méchant, on le devient. Ne sommes-nous pas après tout des êtres faillibles et perfectibles ?
 Les épreuves de la vie, l’éducation, les relations, l’endroit où l’on nait, l’environnement, les blessures émotionnelles, sont autant de facteurs qui peuvent expliquer, pas justifier, mais expliquer et aider à comprendre certains comportements qui pourraient paraitre comme déviants.
 
Le temps a son mot à dire également car comme juge de paix, c’est grâce à lui que je finirai par « temporiser », relativiser et qui me permettra à la fois de vider mon émotionnel mais également de recoller les morceaux lorsque j’aurais été brisé et que j’aurais eu à me reconstruire, et puis parce qu’à un moment j’aurais simplement envie de tourner la page et de passer à autre chose.
 
C’est un chemin tortueux et difficile à prendre que celui du pardon, peut-être l’expérience la plus difficile de notre existence, car elle exige de nous de passer par la seule véritable porte d’accès et qui est celle du cœur. Cela demande du courage, cela demande d’aller dans la souffrance et d’oser la regarder en face.
 
Impossible de pardonner ou de se pardonner lorsque l’on passe par l’égo. Il faut traverser ces couches et surmonter nos résistances pour descendre dans le cœur au plus profond de notre être pour réussir. De mon point de vue, se pardonner est l’une des expériences les plus difficiles qui puisse exister.
 Lorsque l’on arrive à pardonner, c’est un peu prendre cette charge émotionnelle si lourde que l’on porte parfois pendant des années, pour la redonner à notre agresseur, et de lui dire : « tiens reprends cette charge, car elle t’appartient et ce n’est plus à moi de la porter ». S’agissant de soi, c’est aussi poser cette charge pour voyager plus léger.
 Alors c’est bien facile à dire, j’en conviens, mais en osant regarder les personnes autour de nous qui ont subi de graves préjudices et qui ont réussi à pardonner, nous pourrons voir combien elles ont retrouvé la paix en se libérant totalement de la souffrance qui leur avait été transmise mais qui au final ne leur appartenait pas.
 
Et n’est-ce pas cela que nous recherchons en premier lieux, être en paix ?
 Chacun à la réponse en soi, chacun à la réponse dans son cœur…
 
Soyez bénis
Photo Stephane Vaillant
Stéphane Vaillant,
Je crois de mémoire m’être longtemps cherché, sans savoir vraiment où était ma place, et puis un jour, naturellement, tranquillement, des choses se sont ouvertes, j'ai développé des qualités d'observation et d'écoute et parallèlement mon magnétisme ce qui m’a petit à petit amené dans cette pratique qui est la mienne aujourd’hui.
J’aime à dire que les personnes qui choisissent de devenir thérapeute, sont des personnes qui ont beaucoup de blessures et que c’est avant tout pour se soigner elles-mêmes qu’elles exercent ce métier.
En opérant un travail sur elles, elles sont alors à même de pouvoir aider les personnes qui ne vont pas bien, car elles parlent à cet instant d’expérience, un peu comme si elles pouvaient les éclairer sur les obstacles du chemin parce qu’étant déjà passées par là.
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